Je suis depuis longtemps le travail de Fanny Dreyer, illustratrice suisse de plusieurs albums, notamment aux éditions La Joie de lire, et cofondatrice avec Chloé Perarnau de Cuistax, un fantastique fanzine pour enfants imprimé en risographie.

Dans l’album La Colonie de vacances, dont elle est cette fois autrice et illustratrice, l’on suit le déroulé d’une semaine de colonie à la montagne développé en dix chapitres. Sont mis en avant les regards croisés de cinq enfants aux personnalités, âges et parcours différents, de la petite nouvelle qui fait sa première colonie aux habitués, de l’aventurière à l’artiste, entre autres, mais aussi les passages obligés et fondateurs de toute bonne colonie : le voyage en car et en chansons, la randonnée des plus grands ou la boum finale, notamment… L’on se retrouve ici entre le groupe et les individus formant ce groupe par autant de souvenirs ou d’impressions fondant les événements de cette semaine de vacances bien à part. Sans savoir précisément ce qui correspond à quoi, l’on oscille entre les souvenirs d’enfance de l’autrice et ceux récoltés auprès d’autres personnes entre émerveillement, découverte de la nature et grand sentiment de liberté.

Fanny Dreyer utilise ici une sorte de pointillisme narratif où l’histoire se crée à l’évocation de tous ces petits détails marquants, de l’anxiété avant de partir, des chansons inconnues entonnées dans le car à l’aller, de la création des groupes d’enfants répondant à des noms de plantes ou d’animaux, de la réception de petits colis envoyés par les familles…

Il y a là de l’enchantement et une certaine nostalgie où l’enfant et l’adulte lecteurs retrouvent des souvenirs communs, comme si l’on retombait tous à l’âge de ces colonies de vacances : d’un récit intime fait de petits souvenirs et détails, cela en devient une collection de réminiscences pouvant faire écho à chacun de nous, ou peut-être déjà à ceux ayant été en colonie dans leur enfance. Ces souvenirs communs des petits riens entre appréhensions, éclats de joie, petites et grandes aventures loin des parents montrent tant de douceur que de fantaisie enfantine réjouissante.

Du vécu individuel de ces enfants en colonie à l’universel de cette expérience, le moment du retour en famille où l’on veut tout raconter en est révélateur. Si l’on n’a pas toujours eu envie de partir ou que cela angoissait un peu, la semaine semble au final incroyable et totalement à part, comme une aventure hors du temps et presque inexplicable et inatteignable aux autres. Ce qui semble si particulier, si personnel s’avère pourtant commun aux souvenirs de beaucoup, et donc des parents, ce qui rend ce récit d’autant plus émouvant ou drôle par instant de tant de nostalgie et de réminiscences d’enfance.

Au-delà des souvenirs personnels des uns et des autres est décrite ici la vie collective mise en place au sein de la colonie de vacances par un nouvel équilibre avec une certaine autonomie des enfants en dehors de leur cadre familial habituel. S’établit alors comme une mini-société créée le temps des vacances renforcée par le microcosme induit de l’autarcie ressentie par l’effet de groupe isolé en haut des montagne où tout un équilibre est à construire. Il y a alors tant de relations des enfants entre eux, avec les moniteurs, adultes responsables d’eux mais hors de leur cadre familial ou scolaire habituel, et avec la nature entre création de groupes ou organisation par petites tâches. Est ainsi particulièrement bien représenté ici ce début d’autonomie et le sentiment de liberté folle qu’elle confère.

À la grande finesse et subtilité du texte s’ajoutent celles des illustrations et du découpage graphique de Fanny Dreyer qui participent totalement au propos du livre autour de ces paysages de montagne saisissant et autres détails de la nature ou scènes de la vie plus précis entre la montagne vertigineuse et les petites fleurs qui y poussent par endroit. L’on oscille entre des pleines pages d’illustrations, des vignettes reprenant certains détails confinant parfois à l’imagier de la montagne ou des scènes de la vie des enfants sur fond blanc très dynamiques s’apparentant à de la bande dessinée et donnant un réel rythme à l’histoire en parallèle du texte plus ou moins présent selon les pages. Ces éléments forment alors comme autant de petits ou grands tableaux à la peinture et aux feutres donnant un effet de panorama de ces vacances hors du temps et du monde. Le trait est doux avec peu de contours très fins et des couleurs subtiles et vibrantes représentant à merveille la nature et son effet sur les enfants la découvrant réellement pour certains à l’occasion de la colonie.

La Colonie de vacances, Fanny Dreyer, éditions Albin Michel Jeunesse, collection Trapèze, 19,90 euros, à partir de 6 ans.

Pour écouter la chronique et toute l’émission Écoute ! Il y a un éléphant dans le jardin où elle a été diffusée.

Pour plus d’informations sur Fanny Dreyer et sur les éditions Albin Michel Jeunesse.

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