Les Contes du Muséum forment une nouvelle collection à destination de la jeunesse, lancée à la rentrée dernière avec deux autres titres. Il s’agit d’y associer des auteurs renommés accompagnés d’illustrateurs aux styles marqués pour créer un ensemble de contes ou nouvelles. Voilà des premiers romans illustrés se passant dans un lieu du Muséum et y intégrant dans la narration la rencontre entre des humains et d’autres être vivants. Chaque récit est accompagné d’un dossier documentaire élaboré par un spécialiste, ici Michel Saint Jalme, ethologue et directeur de la Ménagerie, pour en apprendre plus sur l’espèce mise en avant.

Karine Tuil est une autrice de littérature générale reconnue pour ses nombreux romans aux éditions Grasset et Gallimard, dont L’invention de nos vies ou Les Choses humaines, Prix Goncourt des lycéens en 2019.

Lucile Piketty a illustré plusieurs textes, albums et documentaires jeunesse chez différents éditeurs. Elle a conçu le livre animé Animaux cachés aux éditions du Seuil jeunesse, documentaire laissant découvrir par un astucieux mécanisme des espèces animales menacées dans leurs habitats naturels.

Dans Macalou, l’on suit Taly, petite fille et narratrice de l’histoire, qui a un choc en visitant la Ménagerie du Muséum National d’Histoire Naturelle avec ses parents. En effet, elle comprend tout ce que lui dit, ou rugit, Macalou, une panthère de Chine, espèce en danger d’extinction. Cette dernière se confie à elle sur ses craintes d’être contrainte à se reproduire avec un mâle que les soigneurs ont fait venir d’un autre zoo. Taly, moquée par les adultes sur sa soudaine capacité à comprendre l’animal, veut l’aider et faire entendre sa voix auprès des responsables de l’établissement.

Ce texte, comme toute la collection, est présenté comme un conte. Il y a là en effet du conte contemporain se passant de nos jours et dans l’univers familier du zoo et non dans d’autres temps et lieux indéfinis comme cela est fréquent dans ce style de récits. Ici, l’on suit la vie de la Ménagerie entre les allers et venues des promeneurs et des soigneurs, le fait de donner à manger aux bêtes ou la question de leur reproduction. Mais, comme dans tout conte, ce quotidien est bouleversé par l’intervention du merveilleux, par le fait inexpliqué que Taly comprenne soudainement Macalou (mais pas les autres animaux, même les autres panthères). Le conte devient alors une sorte de parabole, façon de faire partager un propos de fonds par la fiction et l’imaginaire.

S’il s’agit de sensibiliser les enfants lecteurs par le biais de la fiction à la préservation de la nature et de la biodiversité, il s’agit aussi et surtout de les amener à se questionner, à aller plus loin que les a priori sur certains sujets. L’on se retrouve alors entre la volonté de préserver les espèces et la prise de conscience de la relation peut-être forcée entre deux panthères pour y parvenir. Ici, l’union arrangée mais visiblement non forcée entre les deux animaux est nécessaire pour sauvegarder l’espèce hautement menacée ; elle est donc fortement incitée par l’équipe du zoo. Faut-il refuser cela par principe ? Ou décider de préserver coûte que coûte l’espèce ? Un entre-deux est-il possible ? Nous voilà tiraillés entre principes anthropomorphiques que l’on projette sur la panthère par le biais de cette communication soudainement possible et engagement écologique à la préservation de la biodiversité. Sans poser de jugement sur les résistances de la fillette face à ces question éthiques, Karine Tuil ici ne répond pas à ces questionnements, préférant instiller la réflexion chez ses lecteurs pour qu’ils s’en emparent par eux-mêmes.

Si la panthère est ici présentée de façon anthropomorphique dans ses craintes et souhaits exposés à la fillette, cela est renforcé par tout le propos de l’autrice autour de l’histoire de cet animal. Ainsi, l’on apprend qu’elle est arrivée toute petite à la Ménagerie et a été élevée par la soigneuse plutôt que par sa mère. Macalou est ici présentée comme en confusion dans son être entre la panthère et l’être humain dans ses émotions, sentiments et attachements. La volonté des soignants de la faire retrouver sa nature animale semble évoquée non tant pour expliquer leur attitude que pour développer la complexité de la situation à Taly et aux lecteurs. Il s’agit ici de défendre cette panthère en particulier et son espèce, cela pouvant revêtir plusieurs acceptions : les bons traitements au zoo mais aussi la tentative de préservation, voire de réintroduction naturelle de l’espèce. Le rôle de la Ménagerie n’est alors pas uniquement celui de démonstration d’espèces rares et exotiques au public mais aussi et surtout leur soin et leur préservation dans le monde.

Les illustrations de Lucile Piketty portent à merveille cette histoire. Elles sont saisissantes dès la couverture où la panthère se détache dans son pantone orange fluo sur fond de hautes herbes aux tons violets. Une grande place leur est donnée tout au long du livre avec des pages ou doubles pages d’illustrations intenses imprimées en trois tons directs. Les cadrages de l’illustratrice sont de plus très intéressants : la panthère et les paysages y sont parfois montrés sans le cadre plus large du zoo dans des scènes où l’on se croirait dans une sorte de jungle magnifique.

Macalou, Karine Tuil, illustré par Lucile Piketty, éditions du Muséum National d’Histoire Naturelle, 14,50 euros, à partir de 8 ans.

Pour écouter l’émission Écoute ! Il y a un éléphant dans le jardin où cette chronique a été diffusée (vers 77 min).

Pour plus d’informations sur Karine Tuil, Lucile Piketty et la collection Les Contes du Muséum.

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