Et voilà que je me rends compte que c’est la première fois que je parle ici d’un livre des éditions du Rouergue que j’aime pourtant beaucoup ! Avec son département jeunesse, fondé en 1994 par Olivier Douzou, le Rouergue, maison parfois discrète, s’est imposée par sa ligne atypique avec des propositions de textes forts, voire poétiques et des illustrations remarquables et parfois étonnantes. À cela s’ajoute une réelle fidélité aux auteurs et illustrateurs découverts ou édités par la maison qui se forge donc un catalogue cohérent et singulier auquel prennent également part des premiers romans et romans pour adolescents particulièrement intéressants.

C’est donc avec les éditions du Rouergue (mais également dans le magazine Georges) que j’ai découvert il y a quelques années le travail de Cristina Spanó, illustratrice italienne de livres pour enfants, bandes dessinées et presse, avec À Pas de fourmis, formidable album sans texte aux illustrations et couleurs détonnantes qui attirent d’emblée l’oeil et un principe particulièrement malin où l’on suit une fourmi qui va se faufiler à travers les pages du livre en fonction de passages qu’elle se crée entre les recto et verso de chaque page. Cet album s’avère fascinant dans le principe, la narration et le jeu induit, tout en le rendant très drôle et très beau.

Dans Mayday Mayday !, album, bien que traduit de l’italien, édité en tant que création originale par les éditions du Rouergue, on se trouve projeté dans un futur lointain (et même en 3400 si l’on se fie aux dates indiquées sur les vues des caméras de surveillance…) où la vie quotidienne de tout plein de personnages s’organise à l’intérieur d’un vaisseau spatial volant on ne sait trop où ni depuis combien de temps dans l’espace. Un jour, la tour de contrôle lance plusieurs alertes successives détectant un objet étranger suspect à l’approche du vaisseau, alertes que les habitants du vaisseau vont ignorer, trop occupés à diverses tâches ou amusements. C’est alors que les supposés ennemis débarquent, semant la panique dans le vaisseau jusqu’au retournement final en pied de nez à cette invasion fantasmée. 

Qu’il est intéressant et réjouissant de baser cette histoire dans un futur lointain permettant à l’autrice de créer un univers entier en laissant aller toute sa fantaisie sans contrainte de réalisme dans cette science-fiction décalée et drolatique ! Il y a là des divagations enfantines tant sur les extraterrestres, les vaisseaux spatiaux, l’espace et le futur permettant d’utiliser tant de machines loufoques que de personnages bizarres et très drôles à débusquer dans tous les recoins du grand vaisseau qui est alors vu non comme un outil de conquête spatiale mais comme le théâtre du quotidien dans le futur, les personnages ayant vraisemblablement élu domicile ici.

Les textes sont courts et percutants, laissant se développer une réflexion sous-jacente très intéressante. Ainsi, dans ce contexte aussi futuriste qu’amusant, plusieurs questions de société peuvent être soulevées, ancrées ici dans ce futur imaginaire mais bien transposables aujourd’hui. N’est-il pas alors clairement question de l’inconnu, de l’étranger et des préjugés pesant sur lui, vu comme menaçant car extérieur au quotidien ? Il y a là tant d’idées reçues associant l’étranger inconnu au danger, le préjugeant venir en ennemi. Le décalage créé par l’autrice est très malin entre ces questionnements sociaux et la légèreté apparente et l’humour de situation propres à cette histoire.

À cela s’ajoutent les fantastiques illustrations de Cristina Spanó, avec un aspect assez pop et très drôle, l’univers futuriste s’avérant un excellent prétexte à créer tant de personnages d’extraterrestres délirants, d’animaux inconnus aux formes amusantes que de vaisseaux et machines aux formes géométriques très construites et fascinantes qui réjouiront petits et grands par la richesse de leurs détails. Les couleurs vives en aplat sur fond du noir de l’espace infini font parfois penser à Henning Wagenbreth dans cet usage de l’étrange, des couleurs, des profils et formes géométriques très organisé mais foisonnant. 

Ces très belles illustrations participent pleinement à la narration induite : leur richesse complète parfaitement les textes assez brefs et elliptiques et n’en sont pas une simple paraphrase. Ainsi, les différents cadrages utilisés par l’autrice renseignent sur l’action sans le dire, que l’on voit à travers des jumelles, des caméras de surveillance ou différents autres points de vue, ce qui s’avère particulièrement malin en développant l’intrigue sans l’alourdir.

Mayday Mayday !, Cristina Spanó, éditions du Rouergue, 16 euros, à partir de 4 ans.

Pour écouter la chronique et toute l’émission Écoute ! Il y a un éléphant dans le jardin où elle a été diffusée.

Pour plus d’informations sur Cristina Spanó et les éditions du Rouergue.

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