J’ai déjà dit ici tout le bien que je pense des éditions Biscoto dont je suis avec attention les publications notamment pour la découverte de jeunes auteurs-illustrateurs dont elles éditent régulièrement des premiers livres.

C’est donc grâce aux éditions Biscoto que j’ai découvert le fascinant travail de Charlotte Lemaire en 2019 avec la parution de son premier album, William, la longue-vue et le tigre, une superbe aventure et rencontre entre un explorateur et un tigre sur fond de paysages de jungle saisis par les peintures foisonnantes de l’illustratrice. Depuis, en suivant son travail de peintre mais aussi de décoratrice de théâtre, je me suis passionnée par l’œuvre de Charlotte Lemaire, aux histoires poétiques et à l’univers graphique où les décors sont prégnants, faits de grande nature et de paysages fous. J’attendais donc avec impatience son deuxième album qui vient de paraître cet hiver.

Dans La Maison-ski, on suit Barnaby, jeune garçon en quête d’aventures et de découvertes, qui voudrait bien voyager mais qui est aussi très bien chez lui, dans sa maison. Bricoleur, il décide de construire des skis pour sa maison et guette alors la tombée de la neige pour partir en voyage avec son ami Robin-chenille et sa maison. Lors de leur périple, ils rencontreront tant de curieux intrigués qui les aideront à tirer la maison que de curiosités à débusquer dans cette folle nature d’une montagne en hiver.

La nature et sa découverte est centrale dans le travail de Charlotte Lemaire et particulièrement dans cet album où elle est présentée de façon aussi belle que fantaisiste avec des animaux anthropomorphes jalonnant l’histoire, de Robin-chenille à l’autruche randonneuse mais avec également un homme-rocher dans l’oreille duquel Barnaby va se faufiler pour y retrouver un petit enfant, ou lutin, perdu, qui l’y chatouille. L’on peut d’ailleurs voir un parallèle entre Barnaby et sa petite maison et Robin-chenille et son possible cocon ou la famille d’escargots croisée au détour d’un chemin.

Cette histoire s’avère tour à tour douce, tendre, délicate, poétique, réconfortante et fantaisiste. Et c’est là tout l’art de l’autrice de nous emmener dans son monde de nostalgie joyeuse où l’on se sent particulièrement bien au creux de cet hiver bien étrange que nous vivons actuellement.

Ce livre nous apparaît alors construit autour d’un oxymore dès son titre et sa couverture et tout au long de son déroulé, ce qui en décuple les ressorts de l’intrigue. Ici, la maison, originellement repaire (ou repère), prend mouvement pour voyager et partir et participer à l’aventure et devenir alors refuge. Tout est construit dans l’opposition de ces deux réalités, le chez-soi et l’aventure, qui se rejoignent par l’ingéniosité de Barnaby ayant mis sa maison sur des skis pour l’emmener avec lui. L’oxymore né de cette situation même s’avère le plus doux et délicat possible tout en faisant naître, par cette opposition elle-même, la fantaisie, voire l’humour, de cette histoire d’exploration vers l’inconnu où l’on part sans valise mais avec sa maison. L’aventure en est alors aussi excitante que réconfortante et rassurante, le chez-soi étant toujours avec nous même en s’éloignant de plus en plus du point de départ.

Viennent alors des questions fondamentales esquissées au fil de l’histoire, questions autour du voyage et des repères, si le repère est son chez-soi, l’on ne se perd alors jamais. Et si l’on a la possibilité de rentrer chez soi à tout moment, quand le voyage prend-il alors fin et où rentrer ou s’établir alors une fois la neige fondue et l’hiver fini ? La douceur et la subtilité du texte de Charlotte Lemaire nous invite alors à vagabonder de chez nous tout en rêvant d’aventures et de montagnes enneigées.

Cette histoire où l’on se laisse tendrement porter par les mots de l’autrice s’articule en cela particulièrement bien avec ses magnifiques illustrations à la gouache où de saisissantes doubles pages peintes donnent relief, texture et couleur au texte qu’elles englobent finement. Les paysages enneigés comme les détails de l’intérieur de la maison sont aussi éclatants que généreux et donnent envie de s’y perdre en y débusquant toute la minutie fantaisiste de Charlotte Lemaire.

Ce monde merveilleux qu’elle crée ici est alors fait de gros détails, comme la métonymie utilisée pour le verger d’origine de la maison où des fruits géants représentent les arbres fruitiers, ou de tout petits détails très drôles, comme le petit escargot à lunettes de soleil que l’on devine à peine sur le passage de la maison.

La Maison-ski, Charlotte Lemaire, éditions Biscoto, 14 euros, à partir de 4 ans.

Pour écouter la chronique et toute l’émission Écoute ! Il y a un éléphant de le jardin où elle a été diffusée.

Pour plus d’informations sur Charlotte Lemaire et les éditions Biscoto.

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