Ana Pêgo est biologiste marine et « beachcomber », ou glaneuse d’objets et déchets plastique sur les plages portugaises depuis son enfance. Elle est à l’origine de nombreux projets d’éducation environnementale pour sensibiliser les enfants à la protection des océans en mêlant l’art et les sciences.

Isabel Minhós Martins et Bernardo P. Carvalho sont respectivement autrice et illustrateur de nombreux albums pour enfants, certains réalisés ensemble et traduits du portugais au français principalement aux éditions Notari.

Depuis quelques années maintenant, l’on remarque à mon plus grand plaisir une forme de renouveau du livre documentaire jeunesse chez de nombreux éditeurs. Ainsi, les photos et mises en pages austères à l’imagerie presque para-scolaire ont fait place à de très beaux livres à l’illustration soignée et bien choisie, à des mises en page novatrices ou des partis pris différents et de réelles réflexions d’auteurs, ce qui rend à mon goût les livres documentaires et donc leurs sujets passionnants bien plus attrayants.

Avec Plasticus Maritimus, on se retrouve entre documentaire, beau livre illustré, récit, journal personnel et appel à l’engagement, ce qui fait de ce livre un objet aussi passionnant qu’intrigant dans son fond comme dans sa forme, d’autant qu’il a été édité dans la collection Neuf de l’École des loisirs, une collection de romans mettant alors en avant l’aspect carnet de voyage autour du nettoyage des littoraux de ce livre.

Le parti pris des autrices de ce livre est particulièrement intéressant : il s’agit ici de considérer le plastique retrouvé sur les plages et dans les océans sous diverses formes comme une nouvelle espèce envahissante (sous-titre du livre) à traiter comme telle. Un nom scientifique lui est donc donné, Plasticus Maritimus, ses caractéristiques développées par Ana Pêgo, devenue alors spécialiste de cette espèce dont elle glane les fossiles pour en faire des collections révélatrices du problème de l’usage inconsidéré du plastique. Il s’agit alors, par ce biais nouveau et ludique, d’alerter sur les dangers de la prolifération de cette espèce pour la planète et de tenter d’y remédier.

Tout en gardant cette ligne narrative passionnante autour de la découverte de cette espèce, est alors abordée toute la chaîne du plastique en partant de l’enfant qui déniche des trésors sur la plage pour remonter le fil et aborder de façon complète les questions de la décomposition du plastique, des micro-plastiques et du recyclage notamment.

Le travail d’écriture développé par les deux autrices est passionnant pour donner ce documentaire d’un nouveau genre, aussi clair et éclairant que parfois drôle ou intriguant et qui se lit comme un récit d’aventure.

Le ton est juste, plutôt léger mais volontaire, voire activiste, poussant au questionnement et à l’action, nettoyer les plages et éviter la consommation et donc la production de plastique en masse. La réflexion développée est en chaîne et implique donc nos modes de consommation pour éviter la prolifération toujours plus abondante de Plasticus Maritimus. Quant à l’action menée et encouragée par Ana Pêgo, il ne s’agit pas seulement de nettoyer les plages mais de s’intéresser à ce que l’on y trouve comme à une réelle espèce, cela permettant alors de comprendre son origine et son histoire, pourquoi et comment elle est arrivée là, réflexions nécessaires à la résolution du problème de sa prolifération.

Est alors élaboré une guide du glanage sur les plages tel un guide d’observation et de capture de cette espèce, avec tout le nécessaire, matériel, précautions, calendrier des plages, objets susceptibles d’être trouvés ou autres plus rares voire non identifiables.

Comme un carnet de voyage, ce guide est accompagné de photographies de collections issues du glanage de l’autrice présentant des objets échoués sur les plages étonnants, voire méconnaissables, parfois très anciens et polis par le temps mais toujours là. Cela est très intéressant quant à notre histoire avec des objets datant du début de l’usage massif du plastique ou des objets provenant de Russie ou du Canada, preuve que cette matière reste en l’état bien longtemps et voyage dans les océans.

Les illustrations de Bernardo P. Carvalho, toutes aux crayons de couleurs, sont très belles et fonctionnent particulièrement bien dans ce récit en accordant leur aspect poétique tant à l’illustration documentaire par des schémas qu’à des paysages saisissants aux traits et contours simples et aux couleurs éclatantes. La couverture du livre est alors très réussie, entre le typogramme du titre créé par l’illustrateur à première vue plutôt pop mais où l’on détaille des déchets plastique formant les lettres et le paysage très coloré où l’on peut distinguer les couleurs vives des déchets plastique.

Plasticus Maritimus, Ana Pêgo, Isabel Minhós Martins et Bernardo P. Carvalho, traduit du portugais par Clara Domingues, éditions L’École des loisirs, 16 euros, à partir de 8 ans.

Pour écouter la chronique et toute l’émission Écoute ! Il y a un éléphant dans le jardin où elle a été diffusée.

Pour plus d’informations sur le projet Plasticus Maritimus et sur l’École des loisirs.

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