Ypsilon est une petite maison d’édition plutôt discrète par son nombre de publications mais très importante pour moi pour la qualité de celles-ci dans des genres assez différents, de la littérature à la poésie en passant par la typographie et quelques albums jeunesse. Si les textes sont toujours bien choisis et passionnants, tous les livres de cette maison sont également remarquables sur leur forme avec un grand soucis de la belle fabrication et des détails soignés. La collection Ymagier, dans laquelle prend place Le Livre des erreurs, regroupe différents livres illustrés souvent patrimoniaux que l’on découvre ou redécouvre alors dans cette très belle approche du livre et de l’image.

Gianni Rodari est considéré comme l’un des plus grands auteurs italiens pour la jeunesse avec une œuvre prolifique allant de l’album aux textes plus denses en passant par la poésie, certains de ses textes étant toujours disponibles dans leur traduction française aux éditions La Joie de Lire et Rue du monde principalement.

Bruno Munari est tout aussi reconnu en Italie et au-delà pour son œuvre de peinture, design, sculpture et illustration. Certains de ses albums pour enfants ont été traduits en français et sont toujours disponibles aux éditions des Grandes Personnes et au Seuil jeunesse.

Ces deux auteurs géniaux ont beaucoup travaillé ensemble sur la création de livres pour enfants dans les années 60 et 70, Le Livre des erreurs étant leur première collaboration, parue initialement en 1964 en Italie traduite ici par Jean-Paul Manganaro, première traduction française de ce livre pourtant culte.

Le Livre des erreurs regroupe des histoires courtes en vers ou prose jouant avec la notion d’erreur. L’auteur y part de l’erreur d’orthographe ou de grammaire pour faire naître la poésie. Il s’agit alors de s’amuser de l’erreur enfantine, du professeur Grammaticus, du Musée des erreurs, en jouant à partir de là. L’erreur n’est alors pas à corriger, étant le point de départ d’une dérive douce par association d’idées, vers un humour surgissant alors dans ces lettres en trop ou en moins, ces assonances ou dissonances, humour parfois jusqu’à l’absurde. Ainsi, si l’on ne corrige pas l’erreur, en en suivant le fil, on corrige alors le monde, selon la formule de l’auteur.

Il n’y a donc pas ici de faute, qui aurait un aspect amoral trop fort, mais simplement des erreurs, qui n’en sont plus graves mais en deviennent amusantes et poétiques, voire belles dans ce qu’elles révèlent des distractions des uns, du monde des autres et de ce qui le lie. En cela, l’auteur développe ici ce qu’il mettra en œuvre dans plusieurs de ses livres par la suite, une forme de nouvelle grammaire de l’imaginaire, avec une logique grammaticale nouvelle et parfois fantaisiste quoique toujours cohérente dans son dérèglement, son parti pris de l’à côté des règles.

On peut comprendre dans ce livre les principes d’éducation défendus par Gianni Rodari d’une pédagogie par le jeu et l’invention qui amènent à la réflexion. Il s’agit alors, plus que de les corriger, de comprendre les erreurs et leurs raisons d’être pour pouvoir alors jouer avec en s’amusant avec la langue et les mots. Ainsi, le premier jeu n’est-il pas, comme le titre d’une des parties du livre, de « trouver l’erreur » ?

Dans ce livre, est à noter l’important et très intéressant travail de traduction de Jean-Paul Manganaro. En effet, comment traduire un texte jouant autant sur les erreurs, les lettres, les mots et leurs significations ? La traduction n’est alors pas littérale, ce qui aurait peu de sens pour découvrir l’univers malin et astucieux de Gianni Rodari, mais est une traduction plus libre et ludique, dans l’esprit du texte, éloge du jeu sur les erreurs.

Les illustrations de Bruno Munari s’avèrent très drôles, des erreurs à repérer s’y nichant également, en parallèle ou en ajout aux textes. Ce style est plus brut que dans certains de ses autres albums pour enfants avec un trait simple, noir, assez libre et changeant avec plus ou moins de détails. On peut alors y voir une forme d’illustration pouvant se rapprocher du dessin de presse humoristique mettant l’accent sur les erreurs par des ratures, flèches ou pointillés, des jeux de typographie et des lettres personnifiées. L’illustration de couverture est en cela très bien vue avec une flèche de couleur pointant les moustaches manquantes d’un chat.

À noter, car la découverte en lecture à voix haute de tels textes est très intéressante, les lectures par Denis Lavant d’extraits de ce livre disponibles sur Soundcloud via L’Institut culturel italien à l’occasion du centenaire de la naissance de Gianni Rodari.

Le Livre des erreurs, Gianni Rodari et Bruno Munari, traduit de l’italien par Jean-Paul Manganaro, éditions Ypsilon, 20 euros, à partir de 8 ans.

Pour écouter la chronique et toute l’émission Écoute ! Il y a un éléphant dans le jardin où elle a été diffusée.

Pour plus d’informations sur les éditions Ypsilon.

Pour écouter les extraits du Livre des erreurs lus par Denis Lavant.

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