Biscoto est une petite maison d’édition indépendante dont je suis avec grande attention les publications et la mise en place d’un catalogue d’albums et bandes dessinées jeunesse très intéressant autant graphiquement que sur le propos avec une forme d’engagement sous-jacent porté par des récits forts et la mise en avant ou découverte de jeunes auteurs aux propositions graphiques singulières. Biscoto a d’abord commencé en tant que journal mensuel pour enfants fait d’histoires, d’informations, de bricolages, de jeux… où ont été pré-publiées certaines bandes dessinées, dont Les Gardiennes du grenier.

J’ai découvert le travail d’Oriane Lassus en 2016 avec sa bande dessinée, pour adultes cette fois, Quoi de plus normal qu’infliger la vie, parue aux éditions Arbitraire, dont je ne peux que vous recommander d’aller explorer au plus vite le catalogue, et questionnant l’évidence supposée du désir d’enfant par un humour particulièrement bien vu et un travail graphique brut et saisissant. Par la suite, elle a publié une première bande dessinée pour enfants, Le Meilleurissime repaire de la terre, déjà aux éditions Biscoto, très bonne bande dessinée d’aventure où des enfants découvrent une jungle dans leur immeuble. On y voit déjà un certain attrait pour des questions touchant à la nature, l’écologie, les animaux et notamment les animaux peu communs dans les livres pour enfants, entre le fourmilier de cette précédente bande dessinée et les chauves-souris ici. On pense alors à la série d’albums de Tomi Ungerer sur les animaux mal-aimés : le serpent Crictor, la chauve-souris Rufus, le vautour Orlando, le kangourou Adélaïde ou la pieuvre Emile.

Dans Les Gardiennes du grenier, on suit Plecota, jeune chauve-souris qui tombe lors du départ de sa colonie vers leur lieu d’hibernation. Elle est d’abord recueillie par des musaraignes puis par les enfants habitant la maison où la colonie est établie hors de l’hibernation, maison menacée par la construction imminente d’une route. Plecota, aidée d’autres chauves-souris, dont certaines espèces sont protégées, et d’autres animaux, va alors tout faire pour sauver la maison et ainsi préserver la colonie bientôt de retour et tout l’écosystème de cet endroit.

Cette grande aventure à hauteur de chauve-souris s’avère réjouissante dans ses rebondissements et son humour bien senti autour notamment des peurs réciproques entre humains, chauves-souris et chouettes.

En sous-texte, sont évoquées des notions d’entraide, d’écologie, de surconsommation et de protection d’un écosystème entier et non seulement des espèces protégées. Le message franc est alors aussi écologiste que bienveillant : lire ici mêlés humour, tendresse et engagement fait un bien fou !

À cela s’ajoute un intérêt documentaire avec des informations sur les chauves-souris ou d’autres espèces animales distillées au fil de l’aventure, que ce soit sur les ultrasons, des particularités physiques ou d’autres détails faisant partie du mode de vie de ces petits animaux des campagnes que l’on ignore souvent. Est à noter de plus le très bon dossier final expliquant concrètement ce qu’il faut faire si l’on retrouve une chauve-souris. Et l’on se prend alors à guetter les petits bruits dehors et à imaginer en croiser une furtivement, même s’il faudra déjà attendre la fin de leur hibernation pour cela…

Pour déployer cette aventure, voilà que le travail graphique d’Oriane Lassus s’avère particulièrement intéressant. Son trait est fin, vif et fouillé avec une nature et des décors foisonnants à découvrir et un gaufrier évolutif qui fonctionne particulièrement bien avec principalement de petites cases donnant un effet de mouvement suivant la vitesse des chauves-souris et la fugacité de leur présence, mais se retrouvant parfois intercalées de cases plus grandes donnant à voir la beauté des décors.

Les couleurs y sont très belles, le tout dans une ambiance assez sombre, le principal de l’intrigue se passant de nuit, avec un fond de couleurs naturelles, du vert des feuillages, à l’ocre et au brun de la terre et des troncs au bleu-violet foncé du ciel étoilé. Cela se trouve rehaussé par des touches de couleurs vives et chaudes mettant l’accent sur certains points des images. La rapidité, le mouvement et l’aspect virevoltant des chauves-souris sont rendus par de très beaux effets graphiques de trainées de couleurs vives ou de répétitions dans l’image.

À noter de plus la très belle fabrication du livre et notamment les somptueuses pages de garde reprenant en motif la chauve-souris entourée de plantes dans une très belle composition.

Les Gardiennes du grenier, Oriane Lassus, éditions Biscoto, 14 euros, à partir de 8 ans.

Pour écouter la chronique et toute l’émission Écoute ! Il y a un éléphant dans le jardin où elle a été diffusée.

Pour plus d’informations sur Oriane Lassus et sur les éditions Biscoto.

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