Je suis depuis quelques années le travail de Charline Collette dont les paysages et matières à la gouache sont fascinants notamment dans Bolide, paru il y a quelques temps aux éditions L’articho, ou plus récemment dans Houbi aux éditions L’agrume. Mais bien que très curieuse de ses publications, j’étais moins familière de ses textes et d’un rapport texte-images au-delà de ces belles illustrations. Et voilà donc que sort ce livre, Au Bois, entre album et bande dessinée, fiction, témoignage et documentaire qui ne pouvait mieux combler cette attente !

Dans Au Bois, qui a déjà remporté le Prix révélation du livre jeunesse de l’ADAGP en partenariat avec la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, Charline Collette nous présente douze récits autour de différentes personnes et de leurs rapports, passés ou présents, à la forêt. Ces histoires, classées par saisons, reprenant alors les cycles de la vie végétale et animale dans les bois, ont été récoltées auprès d’habitants de villages du Jura lors d’une résidence là-bas de l’autrice avec la réalisatrice de documentaires Myriam Raccah puis choisis, retranscrits, interprétés et agencés les uns par rapport aux autres pour former ce recueil, ce portrait en creux de la forêt issu de toutes ces petites touches.

Les récits, sous forme d’anecdotes, passent alors du réaliste au fantaisiste, voire au mystérieux propre à l’ambiance des bois, entre documentaire, témoignage, légende ou récit d’aventure par ces regards sur la forêt d’enfants, de personnes âgées se rappelant leur enfance ou de personnes sortant doucement de l’enfance. Différentes époques sont alors évoquées mais reste ce rapport fort entre l’enfance et la forêt, celle des jeux, des aventures, des contes, des peurs, des souvenirs.

Il s’agit alors de raconter cette forêt, d’en faire le portrait en évoquant ce qui nous lie tous ou chacun à elle, une anecdote très personnelle s’avérant alors partagée et en amenant une autre. Est montré un rapport très intime des personnes à la forêt, raconté avec beaucoup de pudeur, de douceur et d’humour, la succession de saynètes rendant cela particulièrement émouvant. Il y a une forme de lyrisme du quotidien, des petites choses dans ce livre où la beauté ordinaire et l’apparente simplicité des récits renvoie à un imaginaire très poétique, parfois onirique.

Au-delà de ce portrait esthétique de la forêt se dresse aussi un portrait plus documentaire, des notions de sociologie, histoire ou écologie pouvant être évoquées ou sous-entendues par-delà les récits personnels. Par le récit de l’un, on comprend la place de l’Office national des forêts ou d’une forme de déforestation organisée, de l’autre la présence fugace d’un lynx recherché ou encore du traîneau utilisé pour se déplacer dans la neige et tant d’autres détails qui, mis bout à bout, renforcent ce portrait de la forêt en ce qu’il a de beau mais aussi de fragile et délicat, évoluant avec les époques et à protéger.

Une forme de nostalgie s’empare alors de nous mais on sent aussi que, si le temps passe, un certain rapport à la forêt demeure, des cabanes sont toujours construites, des champignons toujours recherchés, des petits animaux retrouvés, et certains récits alors ne peuvent pas être datés comme s’il ne tenait qu’à nous tous de conserver cette forêt, de la protéger, d’y vivre et d’en raconter encore longtemps les histoires.

Pour retranscrire ces récits, différentes techniques graphiques ont été utilisées par Charline Collette et principalement, pour les récits en eux-mêmes, des planches de bande dessinée libres alternant les cases et pleines pages d’illustration dans un découpage ingénieux et rythmé. Le trait y est souple, rond, presque naïf et très détaillé dans les décors plus que dans les personnages, donnant alors toute sa place à la forêt dans ses particularités. À cela s’ajoute l’usage de couleurs franches évoluant de chaudes à froides selon les saisons qui rythment les récits.

Le découpage du recueil selon les quatre saisons est marqué pour chacune par un interlude d’une double page à la gouache de vues éloignées de paysages de forêt. Ces pages somptueuses dans leurs textures et reliefs donnent à ces bois un aspect de motif presque abstrait où l’on s’approche pour distinguer un arbre, une répétition de ce motif ou un personnage caché là.

La couverture de l’album reprend cette forme de portrait à la peinture de la forêt répétant le motif triangulaire des sapins dans différents tons de vert saisissants où se cachent quelques petits animaux ou personnages soulignés par un vernis sélectif du plus bel effet renforçant la très belle fabrication du livre. On est alors autant touché et ému par la beauté, la fragilité et la majesté de cette forêt telle qu’elle nous est racontée dans sa narration et dans sa figuration.

Au Bois, Charline Collette, éditions Les Fourmis rouges, 18,90 euros, à partir de 6 ans.

Pour écouter la chronique et toute l’émission Écoute ! Il y a un éléphant dans la jardin où elle a été diffusée.

Pour plus d’informations sur Charline Collette et sur les éditions Les Fourmis rouges.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s