Cela fait un moment déjà que je voulais parler ici des éditions Le Port a jauni dont j’aime tout particulièrement le travail autour de la poésie à destination des enfants. C’est que j’aime personnellement beaucoup la poésie, forme littéraire trop peu envisagée pour les enfants à mon goût alors qu’il me semble pourtant qu’elle peut bien se prêter à la littérature jeunesse par une attention portée aux sonorités, aux images de la langue et associations libres, forme d’expressivité parfois naturelle chez les enfants. Le Port a jauni est une petite maison d’édition marseillaise de livres pour enfants fondée autour de la relation entre les langues française et arabe ; tous leurs livres sont bilingues, écrits dans les deux langues, avec un fort attrait pour la poésie pour enfants dès un jeune âge mais également des albums jeunesse. Ainsi, y sont édités tant des traductions de livres publiés initialement en Egypte, au Liban ou en Syrie que des créations françaises alors traduites en arabe et jouant sur le double sens de lecture entre les deux langues. La maison développe ainsi un très beau catalogue maintenant assez étoffé avec des auteurs et illustrateurs plus ou moins connus donnant un tout très cohérent et surtout passionnant.

Avec le livre Poèmes en peluche, en plus de l’intérêt initial pour les publications du Port a jauni, j’ai de prime abord été attirée par les illustrations en reconnaissant le travail très intéressant de Gaëtan Dorémus, bien qu’ici, il n’ait réalisé que des croquis qui ont par après été mis en gravure par Gaëlle Allart, artiste plasticienne dont j’ai découvert le fascinant travail à cette occasion. Gaëtan Dorémus a écrit et illustré de nombreux albums notamment au Rouergue, aux Fourmis rouges, au Seuil jeunesse ou chez Albin Michel Jeunesse ; son style est presque naïf, avec un grand travail sur les couleurs et le jeu de textures donné par la multitude de ses petits traits fins et colorés.

Mais, en y regardant de plus près, l’on remarque que l’autrice, Edith Azam, est une poétesse reconnue pour ses nombreuses lectures publiques et a déjà été publiée chez de nombreux éditeurs, principalement de littérature générale, comme POL. Son travail autour de l’oralité de ses textes est particulièrement intéressant.

Ainsi, Poèmes en peluches est un recueil de poèmes d’Edith Azam déclamés lors d’un Marché de la poésie jeunesse à Tinqueux avant d’être ici mis par écrit, illustrés et édités. De ce premier temps de l’oralité de ces poèmes l’on retrouve alors dans ce livre un grand travail sur les sonorités des mots bien choisis par l’autrice. Ces poèmes, individuellement et dans leur globalité en s’imbriquant les uns aux autres cherchent à retranscrire l’enfance en elle-même par l’évocation de peurs, par des bruits, répétitions, onomatopées ou gros mots comme autant de sensations ou émotions mêmes de l’enfant. L’on passe alors du tendre au grotesque dans ce livre très beau et touchant mais aussi très drôle par les mots dont le sens ou les sonorités peuvent amuser les enfants mais aussi les plus grands, le titre du recueil étant en cela particulièrement révélateur et bien trouvé.

Si la forme poétique peut être accessible à tous, elle est ici particulièrement dédiée aux enfants dans les thèmes et images recherchées même si, bien sûr, les plus grands y trouveront parfaitement leur compte eux aussi. La poésie est ici en vers libres et se niche dans les images et associations d’idées, dans les mots tels qu’agencés par l’autrice et disant alors plus que leur sens premier. Le travail sur les sonorités poétiques est passionnant : plus que des rimes, il y a ici tant de répétitions de sons, d’allitérations ou d’assonances savoureuses. C’est une poésie pleine d’humour que celle d’Edith Azam avec des images surprenantes, des associations étonnantes ou des sonorités pouvant prêter à sourire et donnant grande envie de lire ces poèmes à voix haute. Le travail de transcription et de traduction en arabe des déclamations d’Edith Azam est en cela particulièrement réussi.

Dans ce recueil, les gravures de Gaëlle Allart, réalisées à partir de croquis de Gaëtan Dorémus, répondent à merveille aux textes d’Edith Azam. Pourtant, il s’agit ici plus d’une association entre ces textes et ces images que d’illustrations à proprement parlé des textes qui ne sont pas paraphrasés en images. En effet, l’éditrice a conçu le projet de livre en connaissant en parallèle les illustrations et les déclamations de poèmes qu’elle a proposé d’associer ici. Les illustrations forment une sorte de galerie de monstres plus ou moins effrayants ou drôles, fantasques ou parfois plus doux dans des tons très beaux de vert, rose, orange et noir. Ces images participent en cela à la poésie du livre en signifiant alors plus qu’elles n’illustrent les propos de l’autrice, en ajoutant ainsi une autre dimension au texte tout en s’accordant très bien avec lui sur le ton choisi, entre humour, étrange et poésie.

Poèmes en peluches, Edith Azam, illustré par Gaëtan Dorémus et Gaëlle Allart, traduit en arabe par Golan Haji, éditions Le Port a jauni, 9 euros, à partir de 6 ans.

Pour écouter la chronique et toute l’émission Écoute ! Il y a un éléphant dans le jardin où elle a été diffusée.

Pour plus d’informations sur Gaëtan Dorémus et sur les éditions Le Port a jauni.

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