J’avais déjà remarqué le travail très intéressant d’Éponine Cottey, dont c’est là le premier album publié, dans la presse et notamment dans le journal Biscoto ou le magazine Kiblind (dans un parfait numéro spécial chiens). Je ne suis alors pas du tout étonnée de la retrouver ici au catalogue des éditions 2024, tant son travail me semble parfaitement dans la ligne qui se dessine petit à petit pour la très belle collection jeunesse 4048 entre belles illustrations, graphisme léché, aspect souvent mignon et grand sens de l’humour.

Ici, l’on se retrouve à Bibiville, cité construite de toute pièces par l’architecte Walter Bibi, obsédé par les losanges et angles droits dans ses créations architecturales, pour y recueillir les chiens (ainsi que quelques chats) abandonnés sur l’autoroute des vacances. Jasmin Bounty, renommé alors Bibidou, rejoint la ville et Walter Bibi va lui construire une logement s’imbriquant à ceux des autres Bibi. Un jour, alors que Walter est absent, une tempête détruit la ville que Bibidou et les autres Bibi vont alors reconstruire à leur manière plus qu’à celle assez rigide de Walter.

Que j’aime les livres pour enfants parlant d’architecture, que ce soit en documentaires ou en albums comme ici ! C’est que ce sujet, en plus de promettre de superbes illustrations, est passionnant pour les enfants dès un jeune âge car il y va de leur quotidien, de leur maison, appartement, immeuble ou même ville, d’où souvent une grande curiosité de leur part. La maison est d’ailleurs souvent l’une des premières choses dessinées par les enfants eux-mêmes.

Le ton ici est léger et drôle, bien que diverses questions puissent être abordées en arrière-fond, par un fourmillement de détails et saynètes réjouissantes en parallèle de l’histoire principale. C’est que Bibiville fourmille de tant d’animaux qui s’affairent ou s’amusent dans tous les coins et recoins, forts nombreux au vu des principes architecturaux de Walter Bibi… Qu’il est alors réjouissant pour les petits comme pour les plus grands de poser l’oeil sur tel ou tel endroit des pages et d’y découvrir tant de drôlerie et de joyeuseté.

Au-delà, est ici question d’une cité utopique créée à partir de rien pour accueillir tous ces animaux abandonnés. L’idée est particulièrement intéressante, tant socialement, voire politiquement, que dans la création architecturale même de cette ville. On oscille ainsi entre l’utopie d’une cité auto-gérée, auto-construite et autonome et la construction de celle-ci où l’on peut voir un parallèle avec la Cité radieuse de Le Corbusier à Marseille, articulée autour de la cellule qui devient ici le losange comme habitation personnelle prenant forme dans un tout organisé.

On pense également, dans une référence appuyée du prénom, à Walter Gropius, architecte fondateur du mouvement Bauhaus à la recherche de formes et lignes simples et élégantes, fonctionnelles et standardisées. Walter Bibi est ici obsédé par la ligne droite par opposition aux courbes et construit tout à partir de la même forme de losange qui se décline, dans un jeu graphique saisissant tant en logement qu’en escalier, lunettes ou toute autre chose plus ou moins grande et toujours anguleuse. Il y a là trop de principes strictes ou, du moins, une trop grande rigidité dans leur application : la tempête s’avère alors un bon prétexte pour tout reconstruire en s’affranchissant de ces règles tout en conservant et réutilisant ce qui reste de la ville originelle dans un partage des décisions et tâches plus horizontal qu’auparavant.

Les illustrations et la mise en page d’Éponine Cottey sont très intéressants, entre recherche architecturale et détails savoureux à repérer un peu partout. Le dessin semble assez naïf de prime abord avec des personnages d’animaux anthropomorphes très mignons, voire kawaï et japonisants, tout ronds et aux couleurs principalement pastel des feutres à alcool utilisés. Au contraire, l’architecture de Bibiville, reposant sur la forme du losange et des lignes droites, est très géométrique et alignée, cela étant renforcé par l’usage pour les contours du rotring (stylo très fin utilisé initialement par les architectes). Puis, une fois reconstruite, la ville s’arrondit, devient moins régulière et n’a alors plus que peu de contours, sauf pour les vestiges réutilisés de l’ancienne Bibiville.

À noter, pour mon plus grand plaisir, la fabrication, encore et toujours avec les éditions 2024, impeccable et saisissante dès la couverture à découpes en forme de losanges laissant apparaître les personnages dans leurs petites logements imbriqués, la reliure à bords francs, les coins arrondis du livre, le typogramme de titre reprenant la fourrure canine de Bibidou et les couleurs rehaussées d’un pantone fluo.

Bienvenue à Bibiville, Éponine Cottey, éditions 2024, 16,50 euros, à partir de 5 ans.

Pour écouter la chronique et toute l’émission Écoute ! Il y a un éléphant dans le jardin où elle a été diffusée.

Pour plus d’informations sur Éponine Cottey et sur les éditions 2024.

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