Les éditions Biscoto, à l’origine du journal pour enfants du même nom, publient principalement de la bande dessinée jeunesse et se sont distinguées récemment par la sortie de leur nouvelle collection Orage, à lire à partir de la pré-adolescence. À côté de cela, quelques albums sont publiés de façon irrégulière avec des projets forts choisis, dont les premiers albums de Charlotte Lemaire, découverte par là.

Thibaut Rassat est un auteur illustrateur autodidacte ayant une formation d’architecte à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Marseille et dont j’ai découvert le travail en 2020 avec la parution de son premier album, Mauvaise Herbe aux éditions La Pastèque, lauréat du prix du livre d’architecture pour la jeunesse. Il travaille également comme illustrateur pour la presse, le luxe et l’édition jeunesse.

Un Abri pour la nuit, c’est l’histoire d’une rencontre, d’un très grand chien et d’un tout petit explorateur, c’est l’histoire d’une promenade, de découvertes, d’un après-midi ou d’une vie entière. La promenade devient une aventure au fur et à mesure que l’on s’éloigne de la maison et découvre différents paysages, de la campagne à la forêt jusqu’aux rochers, panoramas évoluant avec le temps qui passe et la météo changeante, le chemin pluvieux devenant lumineux.

Cette échappée nous happe d’abord par de saisissantes illustrations prenant toutes les doubles pages, un cartouche de texte étant intégré en bas de celles-ci pour s’imprégner totalement des images dans cet album de format plutôt réduit légèrement à l’italienne. La douceur des couleurs naturelles diffuses à l’aquarelle dans des tons de jaune au vert jusqu’au gris de la maison ou du ciel pluvieux est balancée par la géométrie des formes et perspectives de la maison du début mais également de la nature, avec notamment la forme des arbres et leur régularité. Le trait est parcimonieux, contour des personnages et de quelques plantes en premier plan mais aussi utilisé par moment comme trames où, selon son positionnement et le fonds choisi, il devient feuillage ou pluie battante, évoque la lumière ou le mouvement par un effet troublant de précision et de délicatesse. La vitesse est également représentée, au-delà du mouvement, avec notamment les arbres en fond ondulant plus le chien semble courir vite. Jouant des formes et de l’abstraction au-delà de ses personnages, Thibaut Rassat parvient avec brio à nous emmener avec eux sur un chemin fait de sensations et de découvertes.

Lors de leur rencontre, le chien fait office de guide vers la grande forêt et de protecteur pour le petit explorateur qui le suit, grimpe sur son dos pour accélérer le voyage ou s’abrite de la pluie sous ses pattes, le chien prenant parfois toute la double page, l’angle de vue pouvant être disproportionné par le ressenti du petit garçon. Peu à peu, avec le temps qui passe, l’écart se rattrape, le premier rapetisse et vieillit alors que le second grandit dans un jeu subtil de proportions qu’ils prennent chacun dans les pages et d’évolution de leur lien. À tour de rôle, l’un suit l’autre, l’autre guide l’un, le soutient, l’aide, lui prête sa force et sa sensibilité. Si la relation s’inverse au fil du temps à mesure que l’enfant grandit et que le chien s’essouffle, leur lien n’en devient que plus fort au fil de cette grande traversée d’où ne restera à l’explorateur devenu grand qu’une touffe de poils au fond de sa poche et beaucoup de souvenirs.

Ce voyage qui fait mûrir l’enfant devient une métaphore du temps qui passe et de son effet sur une relation, au gré des orages et des paysages qui défilent, évoquant celles et ceux qui sillonnent nos vies et nous aident à grandir. Il est ici question d’amitié, de confiance, d’affection, de refuge, d’entraide et de partage. Par un texte sobre et évocateur, mettant en avant les sensations du souffle du vent, des odeurs et bruits de la nature, où le narrateur à la première personne du singulier est le chien s’adressant directement à l’enfant, l’auteur parvient à nous émouvoir avec douceur et délicatesse.

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