Pour bien commencer cette nouvelle année, je voulais vous parler d’un livre qui me semble parfait à lire en cette saison, tant il se prête à une ambiance douce et chaleureuse, à une lecture partagée familiale ou de groupe à lire au long cours, bien emmitouflé.es pour la savourer délicieusement et douillettement comme le cocon dont j’aurais pour ma part bien envie ces jours-ci !
Je conseille beaucoup et de plus en plus de textes longs et chapitrés présentés sous un format d’album et que j’apprécie tout particulièrement autour d’un âge charnière où les enfants commencent à apprendre à lire. Cela peut permettre de partager avec elles et eux des lectures plus développées, parfois avec plusieurs enfants d’âges différents, en restant dans ce plaisir de la lecture commune, que j’incite fortement à ne pas arrêter à l’entrée dans la lecture, tout en ouvrant la perspective progressive d’une lecture autonome au fil du temps. Si certains formats de romans peuvent alors fonctionner, l’attrait de l’album et l’intérêt des illustrations reste entier et participe au plaisir de la lecture et au partage autour du livre.
Ludovic Flamant est un auteur bruxellois de nombreux textes pour la jeunesse, illustrés par différent.es illustrateur.ices, depuis une vingtaine d’année. Il est notamment l’auteur d’Il était mille fois, illustré par Delphine Perret, premier livre édité par les éditions Les Fourmis rouges ou d’Ismolène et Chipolata, illustré par Sara Gréselle aux éditions Versant Sud. Émilie Seron est une illustratrice belge, parfois également autrice, ayant étudié l’illustration à l’Institut Saint-Luc de Bruxelles. Elle a publié de nombreux albums, principalement dans la collection Pastel de l’École des loisirs ou plus récemment aux éditions La Partie et participe également au collectif d’illustrateur.ices Cuistax. Ensemble, ils ont déjà vu paraître à l’École des loisirs Louis des Sangliers et Riquipouce.

Les Contes du Terrier se présente, dès son titre et son épaisseur certaine, comme ce que l’on imagine être un recueil d’histoires autour des animaux de la forêt, ou plutôt comme une longue histoire faite de soixante-trois chapitres autour de ceux-ci. Pour distraire Blaireau, blessé lors de l’écroulement de son terrier, différents animaux des alentours se mettent à raconter histoires, poèmes ou souvenirs lors de grandes veillées de plus en plus animées tout ou long de sa convalescence. Le temps s’étire dans cette histoire à raconter au long cours, prenant le temps autant de la réparation du terrier que de la blessure de Blaireau ou des liens parfois distendus entre les personnages qui se retrouvent.
Dans cette histoire à tiroirs à la trame suivie, l’on peut piocher tant de saynètes, déclamer tant de proses que de rimes aussi délicieuses isolément qu’intéressantes dans la continuité et les liens qu’elles créent entre elles et entre les protagonistes les mettant en scène. Une galerie de personnages nous apparaît alors dans ce rituel de la veillée, entre Lièvre fidèle, Madame Lapin pudique, Sanglier maladroit, Campagnol ingénieux, Renarde taxi ou Martin-Pêcheur poète revêche. Entre intérêts singuliers, formes littéraires différentes, maladresses et tracs, voilà qu’apparaît ce qu’ils inventent comme ce qu’ils évoquent avec humour, tendresse et émotion, sous la bienveillance des un.es pour les autres. Jusqu’à l’adresse finale au lecteur.ice, l’on est invité.e autant à partager qu’à participer soi-même à cette joyeuse ronde.

Bien plus qu’aux contes écrits que l’on connaît davantage actuellement, il y a là une référence aux contes oraux, à la figure traditionnelle du conteur.euse qui rassemble autour d’histoires transmises pour toutes et tous, de tous âges. Le livre est alors comme une mise en abyme de ces contes oraux traditionnels faisant le lien entre les membres de cette petite communauté autour du terrier. Par l’écrit, la langue, la finesse, l’humour et la générosité de l’auteur, l’on retrouve cette joie de l’oralité avec ces textes ciselés que l’on se plaît à lire à voix haute pour mieux les savoureux et les partager. Il s’agit là, par cet art de raconter et par ce qui en reste de faire société autour d’une histoire commune qui sera reprise et continuera à être évoquée et à circuler. La solidarité et la force de groupe prennent corps dans cette éloge de la lecture partagée.
Le texte, bien que plus long et dense que dans la majorité des albums, laisse une réelle importance aux illustrations d’Émilie Seron dont les tracés fins à la plume et les couleurs diffuses à l’aquarelle et à l’encre fascinent par leur minutie. L’illustratrice apporte une étrangeté propre à son style donnant un effet saisissant de nouveau folklore dans cette nature foisonnante des alentours du terrier. Un travail intéressant de mise en page a été effectué, reprenant certains codes des recueils classiques avec des têtes de chapitres, une table des matière, des frises ou enluminures et des illustrations entourant parfois le texte pour mieux l’accompagner, tout en se réservant certaines pleines pages particulièrement réussies et rythmant à merveille la narration.
Les Contes du Terrier, Ludovic Flamant & Émilie Seron, éditions La Partie, 22,90 euros, à partir de 6 ans.
Pour retrouver l’émission Écoute ! Il y a un éléphant dans le jardin où cette chronique a été diffusée (vers 74 min environ).
Pour plus d’informations sur Émilie Seron et sur les éditions La Partie.